Pars avec lui

Auteur: Agnès Ledig
Editions: Pocket
Collection: /
Année de parution: 2014
Nombre de pages: 352

Pars avec lui est un roman que j’ai commencé complètement par hasard : je n’avais pas de livre sur moi et un long moment à patienter, ce qui n’était pas prévu, donc j’ai pris un peu ce que je trouvais dans le minuscule rayon « livres » de la supérette près de mon travail. On va dire que j’ai choisi ce bouquin plus par défaut que par véritable envie, surtout que j’avais été un peu déçue de ma précédente lecture de cette autrice.

J’ai mis du temps avant d’écrire cette review ; je crois que j’avais besoin de temps pour réfléchir à ce que j’avais à dire sur ce livre et comment j’avais envie de le dire. Je n’ai pas aimé ce livre, la fin surtout ; je l’ai trouvé triste, pleine de résignation, de déception. J’aurais aimé une fin plus « brillante », plus « conte de fée ». Et pourtant, j’ai trouvé cette fin cruellement réaliste. Parce que dans la vraie vie, ce type d’histoire ne se termine pas autrement, souvent. Ou alors elle se termine d’une manière bien plus terrible. J’ai pleuré beaucoup durant ma lecture, parce que de nombreuses situations faisaient écho à des choses que j’ai vécues par le passé. Et c’est ça, je pense qui me rend inconfortable l’analyse de ce roman. J’ai été très touchée mais plutôt parce que je me projetais dans les situations et à travers le personnage principal. Ce livre ne m’a pas laissée insensible. Mais je n’ai pas pour autant, objectivement et factuellement, aimé ce roman : j’ai trouvé le début très long et il me manquait un truc au niveau des personnages. C’est souvent l’écueil des romans qui essaient de traiter de l’intérieur plusieurs personnages : finalement, on en arrive à seulement en survoler la psychologie. Et, encore une fois c’est peut-être lié au fait que c’est un sujet qui me touche particulièrement, je pense que ces sujets-là nécessitent une vraie profondeur d’écriture pour permettre à des lecteurs qui n’ont pas été confrontés à ces situations de prendre conscience de tout ce que ça implique, de l’immensité de l’horreur que c’est. Au passage, certaines réflexions sexistes m’ont agacée, d’autant qu’elles venaient le plus souvent du personnage féminin le plus jeune (donc le plus à même selon moi de remettre en question le sexisme). Ce serait venu de la grand-mère, ça m’aurait peut-être moins embêtée, parce que j’aurais pu recontextualiser plus facilement.

L’écriture ne m’a pas particulièrement marquée, et surtout il y avait « trop » de personnages à suivre. Je ne vois pas forcément l’intérêt de suivre comme ça le personnage de la petite sœur, la relation qu’elle entretient avec un autre personnage aurait pu être amenée à la fin sans que l’on ait à la suivre du départ, vu qu’on suivait déjà son frère. Ou alors au contraire, on aurait pu suivre la sœur et pas le frère. Et puis le frère, finalement disparait en plein milieu du roman. Bref, je pense qu’on aurait presque pu se contenter de suivre le personnage féminin principal.

Je reste donc sur l’idée que je m’étais faite de l’autrice lorsque je l’avais découverte pour la première fois : elle aborde des sujets sensibles et touchants mais ne parvient pas à me toucher réellement à travers son écriture. Il manque un je ne sais quoi qui permette de rentrer en profondeur dans la psyché des personnages et qui du coup rend le tout un peu plat.

De manière objective, j’ai choisi d’attribuer un 13 à ce roman.

L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux

Auteur: Nicholas Evans
Editions: Albin Michel
Collection: /
Année de parution: 1996
Nombre de pages: 410

Comment réagira Annie Graves, vedette de la presse new-yorkaise, lorsque Grace, sa fille unique de 13 ans, et son pur-sang, Pilgrim, seront fauchés par un quarante tonnes sur une route verglacée ?
Elle sera profondément bouleversée, et elle comprendra très vite que, pour sauver Grace, il faut empêcher le sacrifice de l’animal mutilé.
Alors, délaissant tout, elle va partir à la rencontre d’un homme qui possède un don mystérieux. C’est là-bas, dans la splendeur du Montana, que vit Tom Booker, le « chuchoteur », celui qui comprend si bien les chevaux et si peu ses propres sentiments.

Première lecture de 2019 et premier coup de cœur ! On peut dire que cette nouvelle année commence bien…

J’avais déjà lu L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux il y a bien longtemps ; j’avais aimé, sans plus. Avec le recul, je pense que je n’avais pas la maturité nécessaire pour apprécier réellement ce roman. Ici, on est certes face à une romance, mais une romance bien éloignée de celles que l’on trouve dans les romans Young Adult. Le style, en premier lieu, est un peu plus complexe que ce qu’on a l’habitude de voir actuellement. J’ai trouvé la plume de l’auteur pleine de poésie avec en même temps un regard extrêmement lucide voir cru sur certaines choses. J’irai même jusqu’à dire qu’il y a pratiquement autant de variations de styles que de personnages dans ce livre. Celui qui accompagne Annie, personnage tourmenté, qui pense en permanence, est assez imagé, avec nombre d’images, de métaphores. Celui de Grace, jeune adolescente, est plus simple, tout en étant tourné vers son intériorité, ses sentiments, avec des pensées incohérentes parfois, à l’image de ce qu’est l’adolescence. Enfin, le style qui accompagne le chuchoteur est plus factuel, plus simple, avec des phrases courtes et concises, tout comme l’homme en lui-même qui vit le moment présent sans se poser trop de questions. 

Contrairement au film, plutôt centré sur les chevaux et le personnage de Grace, le roman est plutôt orienté vers la relation entre Annie et Tom, ainsi que sur le trio Annie/Grace/Pilgrim. La psychologie des différents personnages est bien abordée, assez détaillée, ce qui fait qu’on éprouve vite de l’empathie pour chacun d’eux.

C’est également, selon moi, un livre qui présente une certaine portée « initiatique » et dont l’enseignement principal serait qu’il faut apprendre à vivre dans l’instant, à être présent à tout moment, en pleine conscience, un peu comme le font les chevaux (et les animaux en général), et que le bonheur, finalement, n’est pas une finalité mais plutôt une succession de petits instants. Mais c’est également une belle leçon de résilience, de patience et d’amour au sens général du terme.

J’ai vraiment voyagé jusqu’aux confins du Montana avec ce roman et le dépaysement a été total. J’ai quitté les lieux à regret et cette lecture m’a trotté dans la tête plusieurs heures après avoir refermé le livre.

Seul bémol : certains traitements du cheval, présentés comme « bons » sont des aberrations et sont au contraire plutôt cruels quand on s’intéresse un peu à l’éthologie équine. Mais à la décharge de l’auteur, ce roman date de 1996 et à l’époque, l’éthologie équine n’était pas forcément très connue ni très accessible en dehors d’un certain noyau de scientifiques.

Que vous soyez fan ou non de chevaux (vraiment, le cheval n’est pas aussi présent dans le livre que dans le film), foncez découvrir cette belle histoire d’amour ; ça en vaut vraiment la peine !

19/20